mercredi 11 février 2026

L'ENVIE D'ÉCRIRE DE NOUVEAU

Ce blog fait partie de nouveaux changements que j'apporte dans ma vie.

Je suis totalement abstinent de toute substance qui altère le comportement depuis août 2018. Pour l'alcool en particulier, ça remonte à mai 2017. J'ai fait du meeting en m'impliquant beaucoup entre novembre 2016 et mai 2021. Au sortir de la pandémie j'en ai eu assez et je me suis mis à jouer davantage au soccer, en m'occupant de mes équipes: horaires, présences, substituts, etc. J'ai arrêté le soccer avec la fin de la saison d'été-automne 2023, après mon premier marathon. J'ai joué plus de 300 matchs sur une période de près de 8 ans.


C'est aussi pendant mon travail de rétablissement que j'ai réussi à entrer à Postes Canada.


Depuis les élections états-uniennes de 2020 et même avant, j'ai un problème.


On apprend dans les fraternités anonymes à se concentrer sur ce qu'on peut changer, c'est-à-dire soi-même, ses pensées, son agir, et laisser faire le reste. On en vient à croire que ça irait mieux si tout le monde adoptait le mode de vie et ses principes, et ce n'est pas complètement fou, puisque les 12 étapes ont un solide fondement psychologique et de spiritualité ancienne. On est reconnaissants du fait que la gravité de notre état nous a forcés à admettre la défaite pour découvrir que le salut est dans l'admission sans réserve de nos fautes et de notre impuissance égomaniaque, dans l'abandon des ressentiments pour faire place aux gratitudes, dans le choix de l'amour au-delà du jugement.


Je ne cracherai jamais sur les AA ni ne recommanderai à quiconque de ne pas y aller, au contraire. Je ne vais même pas non plus formuler mes critiques. Je crois - et c'est évident pour tous ceux qui me connaissent depuis avant - que ce que je suis allé y faire a radicalement changé ma vie, voire m'a sauvé la vie.


Mais c'est moi qui l'ai fait. Les meetings sont un cadre et une proposition. J'en ai vu plusieurs jouer le jeu pour le paraître, contents d'être acceptés dans un groupe social alors que leur vie est depuis longtemps un gouffre de noirceur, mais être incapables d'honnêteté et rechuter continuellement. Ils m'ont appris ce que je ne devais pas faire. J'ai écouté ceux qui se sortaient sincèrement de leur débilité pour comprendre comment surmonter la mienne. J'en ai vu rester assis, je me suis levé jusqu'à ce que ça marche. "Je m'appelle Stéphane, je suis alcoolique et toxicomane, et j'ai encore consommé cette semaine." J'ai pris un poste tout de suite, j'avais les clés, j'arrivais en avance et je préparais la salle. J'ai lu pour comprendre d'où tout ça venait et ce qui avait du sens dans la conceptualisation AA de la maladie de la consommation. J'ai persévéré parce que j'ai décidé que j'en avais assez et que ça allait fonctionner. J'ai eu de l'aide et j'ai aidé. J'ai donné et j'ai reçu. C'est moi qui ai décidé et accepté de laisser le Stéphane qui consommait s'éteindre et de me lancer dans l'inconnu d'une vie sobre.


Est-ce que c'est mon ego qui a fait ça? Une pulsion de survie qui m'a fait foncer face au constat de la défaite? Sans ego, on se laisse mourir. On peut entrer dans la béatitude du non-être, détaché d'un corps qui fait partie de l'illusion de cette vie sur Terre, de ce māyā. Même au sens de la physique fondamentale, la réalité n'est pas ce qu'on croit. Qui suis-je? Réseaux neuronaux? Interactions quantiques? La conscience, un phénomène émergent? Une chose qui n'existe pas quand on examine de plus près les particules, les ondes et les champs?


Je ne sais pas ce que je suis, mais j'ai fait le travail, et depuis ma dernière consommation de substance le 29 août 2018 je n'ai jamais eu de craving de drogue ni d'alcool, jamais, pas une seule fois. J'ai réussi à faire le deuil, accepter le renouveau, j'ai fermé la porte et j'ai lancé la clé au fond d'un lac. Pour prendre une gorgée de bière alcoolisée il faudrait d'abord que je plonge au fond de ce lac avec une bonbonne d'oxygène et une lampe frontale, que je fouille dans la vase pour retrouver la clé, que je remonte en disant kin, tabarnak, et que je boive, et que je sniffe, en me sentant mal, en sachant que je me condamne à la torture, et quoi qu'il m'arrive dans ma vie je n'irai plus jamais là, c'est le pire des sorts, l'auto-damnation.


Donc c'est facile pour moi, c'est non.


Et au printemps 2021 j'en ai eu assez de me sentir enfermé dans le carcan des AA, j'ai eu besoin d'air. J'ai lâché le groupe que je co-animais sur Zoom, j'ai dit that's it, je ne passe plus mes dimanches avant-midi devant mon ordi. Je suis allé encore à quelques meetings en présentiel, et je me demandais ce que je foutais là, je perdais mon temps. Je suis passé à autre chose.


*


Qu'est-ce qui fait qu'on est capables d'opérer un grand changement à un moment donné précisément? La plupart des gens qui ont de la difficulté à se défaire d'une mauvaise habitude ne sont pas indisciplinés dans tous les domaines. Même si certains sont sloppy à plusieurs niveaux, il y a au moins un ou deux trucs qu'ils font bien. Que ce soit avec les AA ou avec d'autres approches, il faut désirer vraiment changer, s'y préparer, accepter, se familiariser avec les stratégies qu'on va devoir mettre en place, ne pas lutter, bref, préparer le nid, et un beau jour... quelque chose se passe. Un déclic, une certitude soudaine, on le sent, on le sait: la force de le faire est arrivée. Petit à petit, l'habitude souhaitée s'installe et ça semble naturel. Les semaines passent, les mois, les saisons, et on l'a fait, on a réussi. On n'est plus comme avant.


*


Depuis la campagne présidentielle de 2020 je suis ce qui se passe au Sud de la frontière et ça fait plus que peur: c'est un désastre révoltant. J'étais alors encore impliqué dans les AA, j'ai fait énormément de meetings sur Zoom, et je lisais ma Réflexion quotidienne chaque matin. Mais l'angoisse et la colère face à la situation croissaient. C'était avant l'Ukraine, avant Gaza et la révélation au grand jour du vrai visage des milliardaires sociopathes qui plus tard iront s'allier au fascisme décidé de la seconde administration Trump. Et puis déjà avant la pandémie je savais que Musk était un scammeur malade mental, que Bezos était un salaud sans scrupules, que les réseaux sociaux étaient malsains et que les investissements massifs en IA rendraient le monde encore plus dangereux et inhumain.


Quand j'ai commencé à courir en mars 2023 je me suis tout de suite rendu compte des effets régulateurs sur l'humeur. Je les ressens encore aujourd'hui, après chaque sortie de course matinale je me sens détendu et stable. Je suis en couple heureux avec une femme extraordinaire depuis le printemps 2024 et cela aussi me fait énormément de bien - dès le premier mois où on avait commencé à se parler j'avais remarqué que je me foutais davantage de l'actualité.


Mais l'actualité se glisse toujours dans les interstices. La toile de fond, il faut le dire, est désespérante. Ne serait-ce que ce qui concerne la catastrophe climatique en cours. J'ai beaucoup de mal à ne pas réagir fortement. J'éprouve une haine immense pour les politiciens d'ici et d'ailleurs et pour les populations qui votent pour eux. Pour les habitudes des masses qui ne changeront pas avant que tout ne se soit écroulé.


Je ne suis plus sur Facebook depuis un an. Je suis toujours joignable sur Messenger, mais j'ai fermé mon compte sur la plate-forme, qui me tape sur les nerfs depuis très longtemps. Je me suis rendu compte que, encore plus que les autres, c'est moi-même qui me tapais sur mes propres nerfs en utilisant Facebook. J'ai ouvert un compte sur Bluesky pour faire ma part dans l'encouragement du monde à quitter Zuckerberg et Meta. Tout le monde est encore sur Facebook, quelle surprise.


Twitter/X, Instagram, Snapchat, etc., je n'ai jamais eu ça. Il me reste l'application des sportifs, Strava.


Et YouTube.


C'est par là que le mal entre encore.


J'ai longtemps écouté des vidéos de science, maintenant c'est surtout du contenu sur la course et l'entraînement (et les souliers)... Et l'actualité politique états-unienne. Et les ravages d'un capitalisme qui se transforme en quelque chose d'encore plus monstrueux, conséquence du néolibéralisme qui s'est emparé de toute la civilisation occidentale.


Dans mon camion de facteur, à la radio, c'est la bullshit quotidienne de la politique québécoise et canadienne.


Sur YouTube, ce n'est pas tant le volume de doomscrolling auquel j'ai encore le temps de m'adonner qui pose problème. C'est mon état profond de réaction et les jugements extrêmement sévères que j'entretiens sur tout et tout le monde.


Donc mon problème c'est que, malgré je que sois suffisamment occupé et très actif, je passe encore trop de temps à ruminer.


J'ai pris une autre décision: j'ai fait débrancher mon wifi et augmenté ma limite de données cellulaires. D'une part au final j'économise, mais surtout, d'autre part, j'ai maintenant une limite. Mon wifi était illimité. Maintenant, j'ai intérêt à décrocher.


Je lis encore des livres, mais infiniment plus lentement qu'avant. Je commence à me remettre à la lecture plus régulière.


Et un développement inattendu vient de se produire. Après plus de dix ans, et de façon beaucoup plus saine, alors que je croyais que c'était fini à jamais, tellement que quand dans les AA on me conseillait de tenir un journal pour me faire du bien je n'y arrivais pas parce que mon rapport à la chose avait été infecté depuis longtemps par les sources mêmes de ce qui faisait que j'allais mal, eh bien, finalement, ça me vient. Cette fois, c'est l'envie de le faire bien.


L'envie d'écrire de nouveau.


lundi 9 février 2026

À 10 SEMAINES DE MON 2e BOSTON

Lundi matin 9 février, nouvelle semaine qui commence. Il fait froid, mais avec du soleil, et ça va monter jusqu'à -10, ressenti -17. Demain ça redeviendra plus doux (ressenti -13 seulement) mais on annonce dix à quinze centimètres de neige à partir de l'après-midi.

Ma route de facteur est sur le Plateau et dans Rosemont. Je monte autour de 80 à 120 étages par jour. Les trottoirs sont le plus souvent à moitié déneigés, rendus inégaux par les pas de tout le monde qui les emprunte, c'est souvent comme marcher sur du sable (ou dans des patates pilées, comme Simon R l'a récemment écrit sur Strava). Les trottoirs les plus exposés au soleil, eux, se changent en slush brune.

On me demande souvent si je livre à pied ou si j'ai un véhicule. Évidemment il faut que je transporte mon stock jusqu'aux secteurs où je livre, mais je ne monte pas mes escaliers en camion. Je me stationne et je pars avec le courrier, les circulaires, les petits paquets qui entrent dans mes sacoches. Je livre les gros colis séparément ensuite en me stationnant devant les adresses l'une après l'autre.

Depuis mon deuxième Marathon P'tit Train du Nord (5 octobre 2025, temps officiel 2h55:08), j'ai couru 1511 km.

J'ai pris le temps et le soin de construire une augmentation de volume durable. Voici mes distances courues par semaine, en commençant avec celle du 6 octobre: 24, 52, 61, 68, 62, 76, 80, 81, 86, 87, 90, 98, 101, 102, 110, 110, 111, 112.

Depuis le 28 octobre il n'y a que quatre jours où je n'ai pas couru. Là dedans, j'ai passé six semaines complètes sans jour off. Blaise Dubois, un expert en prévention des blessures en course à pied, recommande de courir tous les jours. Un jour de repos, c'est courir un tout petit peu quand même, juste pour maintenir les connexions neuro-musculaires.

J'ai fait beaucoup d'intervalles courts pour cibler ma vitesse maximale aérobique (VMA) durant cet automne, et j'ai participé à trois courses de 5 km.

Après un cycle marathon, c'est ce qu'il faut faire. On récupère, on repart, et on travaille la vitesse de base. La performance marathon se construit à partir du plus court et plus rapide jusqu'au plus long et modéré.

En ce moment je suis dans la phase d'entraînement dit «spécial», celle qui suit la phase de base et qui précède la phase de spécifique. La phase de spécifique sera suivie par le taper (ou affûtage) qui conduit, s'il est bien exécuté, à un bond de forme et de repos optimal au jour J.

Je maintiens donc mon volume hebdomadaire, mais je le diminuerai un peu si je sens que je ne récupère pas suffisamment. Parce que j'augmente la proportion de mes kilomètres courus entre mes seuils ventilatoires (ou lactiques) 1 et 2. En phase de spécifique, je ferai le plus grand volume possible autour de mon allure marathon, sans dépasser 25 % du volume total.

Aussi, comme aujourd'hui, je me permets de ne pas courir du tout le lundi si je ne le sens pas. Hier pour ma longue du dimanche j'ai fait 29 km sur tapis au gym Econofitness: 20 km faciles, 6 km de seuil en continu, 3 km steady. Steady c'est plus rapide que dans la zone facile mais moins rapide qu'au seuil 1. 

Je crois que dans des conditions météo correctes je pourrai faire 2h57 à mon deuxième marathon de Boston.

Pourquoi juste 2h57 si j'ai déjà fait 2h56 et 2h55 au P'tit Train du Nord? Parce que le parcours de Boston est beaucoup plus difficile. J'en parlerai bientôt dans la version longue.

samedi 7 février 2026

J'AI RÉUSSI (VERSION COURTE)


Le 21 avril 2025, j'ai couru le 129e Marathon de Boston en 3h01:14.

(Photo: "Scream Tunnel" du Wellesley College, près de la mi-parcours)

RÉCAPITULATIF 2024

[Écrit le 12 janvier 2025]

Retour sur mon année de course 2024

D'abord, 2023.

Et avant tout, pourquoi je courais déjà aussi vite. Je me déplace en vélo à longueur d'année depuis très longtemps. J'ai joué au soccer régulièrement à partir de janvier 2016 – presque tout le temps comme gardien mais quand même. Je ne fume plus (ni n'inhale plus rien) et ne bois plus depuis des années. J'ai une très bonne alimentation. Et quand je dis que je suis facteur, on pense que je marche beaucoup mais non, marcher c'est rien, je monte des escaliers dans Hochelaga, le Vieux-Rosemont et le Plateau depuis plus de 5 ans. Vous voyez le temps qu'il fait dehors? Je monte des escaliers habillé chaudement avec bottes et crampons et du poids dans mes sacs, avec la neige et la glace. L'été, moins pesant et plus agile, mais dans une canicule qui dure trois mois. Bon cardio, et tout est solide.

Et donc le 22 avril 2023, ça fait un peu plus d'un mois que je cours, j'ai 133 km en 15 sorties dans les jambes, et au 21K de Montréal je finis la course de 10 km en 42:57. Selon le site Running Level, je suis plus rapide que 82% des coureurs de mon âge, et que 70% des coureurs masculins en général. J'ai un VO2max estimé à 48.

Pour les plus longues distances, cela dit, ça va paraître que je ne cours pas depuis longtemps. Mon niveau sur 10 km devrait équivaloir à 1h35 sur demi-marathon et à 3h18 sur marathon. Le 4 juin 2023, à la Course des pompiers de Laval, je fais de mon mieux et je cours le demi-marathon en 1h39 (4:44/km). Il me reste un peu moins de quatre mois pour augmenter mon volume et la distance de mes sorties longues, et au Marathon Beneva de Montréal le 24 septembre je fais les 42,2 km en 3h39 (5:13/km).

Pour finir la saison j'ai envie de me tester sur un 5 km, et à la Classique du parc La Fontaine le 15 octobre je fais 19:27, très content d'avoir réussi un “sub-20”. Je suis 6e sur 65 dans mon groupe d'âge et il y a des gros coureurs là-dedans.

Après tout ça, j'ai définitivement la piqûre, et je fais ce qu'il faut: pour l'automne et le début de l'hiver, j'augmente le volume sans refaire de vitesse tout de suite.

2024

Je me suis abonné au centre sportif du Parc olympique, pour les tapis roulants que m'a vantés Ariel, pour pouvoir y faire des intervalles au besoin à partir de janvier. Quand je jase en courant avec les Pélicans de Rosemont, je commence à dire que j'aimerais me qualifier pour Boston au P'tit Train du Nord à l'automne suivant, je tomberais dans les 45-49 ans donc il me faudrait 3h20, moins le cut-off, disons 3h10 pour être sûr, un pace moyen de 4:30/km, et je me dis cibole ça va être tough. (Rachel, elle, a la même réaction que Julie: "You can do it." Ok, ok...)

Janvier, février, mars, avril

À part les intervalles, mon plan c'est de ne pas me casser la tête. Rien d'autre n'est important, tant que je cours le plus possible. Je ris un peu quand j'en entends dire “j'ai 19 km à faire à 5:10/km”, moi je n'ai rien “à faire”, je fais ce qui me tente, tant que je cours régulièrement, ce sont les intervalles qui vont me faire progresser pour le moment. La seule contrainte que je m'impose, c'est d'augmenter ma moyenne de longueur de sorties. Sauf exception, je ne sors pas courir moins de 10 km à la fois. Et j'essaie de faire souvent des 13, 14, 15 km, des 16, des 17. Mais pas de longues pour rien, quand ma prochaine course est encore si loin.

J'ai fait des intervalles les 5, 11, 15, 19 et 26 janvier et le 2 février 2024. J'ai commencé avec focus sur les sprints 4 x 30 secondes (récup passive 4 minutes) avec transition preste vers des 5 x 5 minutes vitesse 5k environ (en fait, le pace que je pouvais maintenir pendant 5 minutes – c'est devenu graduellement plus rapide). Un moment, je ne sais plus quand, j'ai fait des intervalles 600 mètres pour préparer une course à relais avec une équipe de Pélicans dans le stationnement souterrain du DIX30 (on a fini 8e sur 25 équipes). J'ai fait une pause d'intervalles pour récupérer autour du Marathon des neiges le 10 février, une course sociale informelle de 42 km. Il faisait chaud le 10 février et les trottoirs étaient secs, ce fut un 42 km facile, sauf la dernière portion sur le mont Royal. Ensuite je me suis mis à transitionner en intégrant des distances tempos rapides. Je vivais en même temps une situation difficile et fracasser des km à pleine vapeur ça me donnait du courage:

17 février: intervalles
20 février: intervalles
27 février: 10k en 38:36
2 mars: 10k tempo rapide
5 mars: 13k avec du tempo rapide
7 mars: intervalles
9 mars: test demi-marathon en 1h27 – mon objectif de réussir un sub-1h30 était déjà dépassé!
À la mi-mars j'ai eu une gastro et j'ai “couru” un seul petit 8 km piteux en une semaine.
25 mars: intervalles
29 mars: 12k avec tempo rapide
2 avril: intervalles
6 avril: intervalles
7 avril: 13k avec tempo
13 avril: 15k avec tempo moins intense
13 avril: le même jour en soirée, 5k en 18:12

Et je suis arrivé le 20 avril au 21K de Montréal au parc Jean-Drapeau. J'avais peur d'avoir de la misère à maintenir 4:00/km, c'est l'angoisse d'avant-course que tous les coureurs connaissent. Je croyais faire 1h23-1h25. Julie m'a demandé: et si ça se passe mal? J'ai répondu: 1h27. Eh bien la course a commencé, je suivais mon feeling, les kilomètres défilaient et je n'en revenais pas: je maintenais du 3:45/km sans forcer. À la fin j'ai bien ralenti un peu et j'ai fini le demi-marathon avec une moyenne de 3:49/km, et un temps officiel de 1h20 et 36 secondes. Je ne le réalise pas sur le moment mais j'ai atteint un peak qui sera difficile à surpasser. Aujourd'hui je regarde le site Running Level, et selon leur compilation statistique de résultats de course à travers le monde cette performance me place dans le top 1% des coureurs de mon âge, top 5% de tous les coureurs masculins, avec un VO2max maintenant estimé à près de 58.

Tout de suite après le 21K, Claudine m'a dit: maintenant REPOS, et quand tu recommences, c'est MOLLO, tu veux faire sub-3h à Ottawa!

Marathon d'Ottawa

Je ne l'ai pas bien écoutée mais je n'ai pas fait de grosse gaffe non plus, et c'est sûr qu'avec un demi en 1h20 j'aurais dû facilement réussir un sub-3h le 26 mai à Ottawa, mais d'une part je n'ai pas encore assez d'endurance sur la distance marathon (et ça fait tout juste plus d'un an que je cours) et d'autre part je suis sûrement parti trop vite. Je savais qu'il y avait des côtes dans Rockcliffe, j'aurais dû être prudent. (Rockcliffe: pensez mini-Westmount - colline boisée avec des cabanes de riches.) Ça me tentait trop de courir tout de suite devant le lapin de 3h. J'ai couru à un pace moyen autour de 4:08/km pendant les 25 premiers km, j'ai ralenti progressivement pour finir avec une moyenne de 4:20/km et un temps officiel de 3h02 et 54 secondes. Le lapin de 3h m'a dépassé avec sa gang dans Rockcliffe. Quand même. Qualifié pour Boston avec 17 minutes 6 secondes de lousse. Je serais qualifié même si je n'avais pas changé de groupe d'âge en atteignant 45 ans (le “cut-off” pour 2025 sera de 6:51).

Autres faits saillants de mon marathon d'Ottawa: j'ai fait le voyage avec Véronique (en covoiturage avec Florian et une fille de Run in Montréal), on était officiellement ensemble depuis un mois, elle court son premier marathon en revenant d'une blessure, et on se croise sur le parcours pendant qu'elle s'en va dans la section Rockcliffe et que j'en reviens! Elle me voit et j'ai le temps de lui crier un encouragement. Je la retrouve plus tard, je suis là quand elle franchit l'arrivée. Moi, j'ai un peu mal dosé mon hydratation d'avant-course. Au km 30, j'ai pris une minute pour pisser dans une toilette chimique. Au km 40, j'ai trop mal aux jambes, et je comprends que je ne finirai pas en moins de 3h, donc pour avoir une belle fin de course, je marche pendant 45 secondes. Ce n'est pas grave, je m'en vais à Boston! Et puis un sub-3h, je vais en faire un éventuellement, pas de stress!

Ah oui, et j'ai croisé le gars qui a couru tout le marathon en jonglant avec trois balles.

Juin

Le 28 mai, deux jours après Ottawa, en rentrant après le travail, il y a une barrière de construction en travers de la piste cyclable le long de la clôture du parking du jardin botanique, juste après la courbe, cachée par des feuillages. Ils refont l'asphalte de la piste cyclable, qui était due depuis longtemps. J'arrive à toute vitesse, aucune chance de freiner quand j'aperçois la barrière, je la plaque avec mon épaule, je m'en serais bien tiré, mais la barrière se démonte en même temps que je perds l'équilibre, et je tombe sur une barre de métal. Heureusement j'ai rien de cassé après vérification en radiologie, mais j'ai super mal aux côtes et aux muscles du bas du dos à gauche. Arrêt de travail deux semaines, et je ne cours pas pendant 15 jours.

Le 16 juin j'avais la course de 10 km à la Foulée des parcs d'Outremont, un parcours avec une montée abrupte en deux étages où on passe deux fois. Je ne peux pas courir à pleine puissance parce que j'ai encore un peu mal, mais je termine quand même en 40:47!

Vers le marathon P'tit Train du Nord

J'ai d'autres courses que le PTDN à l'automne, mais mon plan est de les intégrer à ma stratégie d'entraînement pour le PTDN.

Et ma stratégie est la suivante, dans les grandes lignes: 6 semaines de volume mollo pour être sûr d'être solide, 6 semaines d'intervalles intenses pour regagner toute ma puissance et peut-être la dépasser, et enfin 6 semaines d'affûtage. Je ne savais pas mais ça correspond à un modèle d'entraînement préconisé depuis longtemps. Voir Renato Canova. [En réalité c'est Arthur Lydiard qui a développé la périodisation pour l'entraînement de ses athlètes dans les années 1960, je ne le savais pas en écrivant ce texte.] Je suis tombé là-dessus plus tard, vers la fin de 2024. Pour faire une histoire courte, un youtubeur coach parle dans ses vidéos de plans d'entraînement en trois phases. Il a écrit un livre mais le distribue exclusivement sur Amazon et moi je ne fais pas affaire avec Amazon, jamais. Je fouille, et sur Reddit quelqu'un commente que le gars n'a rien inventé, ce qu'il vend c'est exactement la même philosophie d'entraînement que les coachs italiens des années 80, hyperlien à l'appui. Eh ben! C'est aussi, je me rends compte, ce que j'avais fait entre le marathon de Montréal 2023 et mes courses du printemps 2024. 1) entraînement de base, soit + de volume mollo et vitesse rare; 2) entraînement spécial, soit volume diminué et travail de vitesse en haute intensité fréquente; 3) entraînement spécifique, soit retour au volume avec focus sur les vitesses proches de la vitesse de course objectif. Je répète l'expérience:

1) De la mi-juin à la fin juillet j'ai couru 390 km avec des intervalles seulement deux fois + un test de forme Coros et un test 5k sur piste en 18:36.

2) Du 31 juillet au 8 septembre, j'ai fait des intervalles très intenses 11 fois, en plus de courir le Demi-Marathon Mont-Tremblant sans effort en 1h27 et 2 secondes. Ma dernière séance d'intervalles, je la fais au début de la course des 30 km des Rives à Boucherville, qui m'a en même temps servi de dernière longue avant le PTDN. Mes intervalles, c'est des 5 x 5 minutes, pas compliqué. À ma vitesse, c'est des 5 x 1300-1400 mètres.

3) Du 11 septembre au 5 octobre, je n'ai pas fait tant de volume, mais j'ai enchaîné sur les gros tempos. Un 5k en 18:47, un autre 5k en 18:55, un 10k officiel en 36:48 à Beneva Montréal, propulsé vers la fin par Éric qui nous suit, Martin et moi, avec une GoPro pendant un km (3e dans mon groupe d'âge, 13e au total sur 1738 hommes), 9 km d'intervalles le 25, et 15 km tempo au milieu d'une longuette de 24 km le 29 septembre.

Le 6 octobre au marathon P'tit Train du Nord, j'étais prêt. Ça a adonné que William avait presque exactement le même niveau que moi, et c'est le fun parce qu'on a ainsi couru les 32 premiers km ensemble, à un pace de 4:09-4:10/km. Je voulais y aller de façon conservatrice, pour être capable de ne pas ralentir à la fin. Le parcours descend significativement entre les km 7 et 19, mais après c'est plat et même ça remonte un peu jusqu'au 28e, ensuite ça redescend dans une moindre mesure jusqu'au 38e avec encore une remontée entre les km 33 et 35, et l'arrivée, toute plate, se fait sur l'asphalte pour les 4 derniers km, alors que ça fait 38 km que tu cours sur de la terre battue et de la poussière de roche. Ça fait mal. J'ai réussi à ne presque pas ralentir et j'ai fini moins d'une minute derrière William, en 2h56 et 27 secondes. Mon père et ma belle-mère m'avaient fait la surprise d'être à l'arrivée à Saint-Jérôme. Nous avons attendu Véronique, elle a réussi un sub-4h à son deuxième marathon à vie, pour ceux qui ne le savent pas c'est l'équivalent d'un sub-3h30 pour un homme, c'est super bon. Quelle belle conclusion d'une année de course extraordinaire!

Avec ça, je suis aussi qualifié pour Boston 2026. Chicago évidemment, NYC ça dépend du cut-off, mais je ne vais pas dépenser des fortunes pour aller faire des “majors” frénétiquement. Boston 2025 j'y vais, 2026 on verra, avec William et Simon en covoiturage et partage d'hôtel à prix modique ça serait cool, je ne vais pas claquer des milliers de dollars et ne plus pouvoir rien faire avec Véronique. Aussi les voyages compulsifs, ce n'est pas écologique. Un jour on ira faire un major ensemble, si les États-Unis ne sont pas devenus la République de Gilead avec des checkpoints militaires partout dans une économie complètement effondrée.

Deux semaines après le PTDN, j'ai couru le 5k de la Classique du parc La Fontaine en 17:42, 2e dans mon groupe d'âge et 14e sur 570 hommes.

Depuis? Volume, volume, volume. J'ai couru 989 km dans les 10 dernières semaines de 2024. En 2025, je suis à 136 km au 12 janvier. 

Dans deux semaines, je me remets aux intervalles, à 12 semaines du marathon de Boston.