mercredi 22 avril 2026

2h55'43

J'ai battu mon temps de l'an dernier par 5 minutes et 29 secondes!

308e / 2413 hommes 45-49 ans

4060e / 16336 hommes total

4398e / 29020 total

J'ai battu mon dossard numéro 6682 par 2284 rangs.

Moyenne officielle de 4'10/km, moyenne GPS de 4'08.

Au Boston 5K, Véronique avait été placée dans une vague de départ beaucoup trop lente, elle a dû contourner des coureurs pendant toute la course pour les dépasser et parfois même ralentir en attendant de pouvoir reprendre sa vitesse, et elle a tout de même battu son record personnel par plus d'une minute!

Photos à venir

jeudi 16 avril 2026

PRÉVISIONS

On peut avoir de l'expérience et avoir confiance, une préparation qui s'est parfaitement déroulée, la semaine du "taper" est la pire semaine d'un marathonien. Il faut récupérer au maximum sans rester inactif, on passe en revue tous les détails, et on essaie de se changer les idées mais, principalement, on attend. On attend et on a hâte.

Je ne suis absolument pas stressé par rapport à la performance, je suis certain que ça va super bien aller, mais je n'arrive pas à endiguer la fébrilité qui monte en moi depuis le début de la semaine comme une crue printannière. J'ai du mal à dormir aussi bien que je le voudrais, même si je maintiens la routine habituelle.

On est prêts pour le voyage. J'ai une brassée au lavage. Je vais sortir courir 8 ou 10 km, dernier jog avant le "shake out". Je vais aller me faire couper les cheveux. Véronique s'en vient me rejoindre en fin d'après-midi, on va se coucher tôt. Demain vendredi vers 4h30-5h du matin on sera dans la Communauto. On se gare à la station Anderson/Woburn, qui est à moins de 2 km de notre hôtel,  celui où j'ai logé l'an dernier, et on prend le train et le métro jusqu'à l'expo pour ramasser nos dossards et kits de participants.

Véronique court le Boston 5k samedi matin.

Et mon plan pour le marathon lundi? L'an dernier, j'ai fini avec une moyenne officielle de 4'18/km. Ma montre GPS m'a donné une moyenne de 4'15/km. Comme je l'ai dit dans le texte précédent, on se rallonge toujours sur un parcours par rapport à la distance officielle. Ma montre a calculé mon allure moyenne en estimant que j'ai couru 42,65 km au lieu de 42,2.

Cette fois, je crois que j'ai une moyenne GPS d'au moins 4'10 dans les jambes. Sur un parcours plat je tiendrais facilement du 4'06. C'est ce qui se dégage de mes dernières observations à l'entraînement.

Donc mon plan est le suivant. Je dois maintenir un NIVEAU D'EFFORT de 4'06. Dans la première partie du marathon, très descendante globalement, je peux me laisser rouler plus vite. Je suis très fort pour courir en descente sans me brûler les quadriceps. Les hanches en prennent un coup mais sont capables de tenir, je l'ai fait l'an passé et deux fois au P'tit Train du Nord. Je l'ai aussi pratiqué beaucoup au Jardin botanique.

Après, entre les km 10 à 25, je pense maintenir une moyenne prudente de 4'10/km. Je verrai, il faut toujours savoir s'adapter aux sensations et respecter son instinct.

Les km 25 à 33, c'est les Newton Hills, environ 3,3 km de montée pour un dénivelé positif total de 94 mètres, répartis en quatre côtes. Il ne faut pas trop forcer. On ralentit facilement d'au moins 30 secondes/km sur ces montées-là.

Si on exécute bien sa course jusqu'au sommet de la quatrième côte, la fameuse Heartbreak Hill, le reste c'est du gâteau. On prend le temps de se rétablir en se laissant descendre, puis c'est la poussée finale.

Je crois pouvoir courir les 5 à 7 derniers kilomètres à 4'05 ou même 4'00/km.

Dans tous les cas, à moins d'une erreur majeure de ma part ou d'un gros problème inattendu, je suis certain de battre mon temps de l'an dernier par quelques minutes.

La température s'annonce parfaite. Très frais, mais c'est ce qu'il faut pour une performance marathon optimale.


 

mardi 14 avril 2026

BOSTON AU PRINTEMPS (LA VERSION LONGUE)

Ce texte n'est pas très inspiré, mais je tenais à me forcer pour le terminer avant de retourner à Boston. Je suis en train de récupérer à la fois de mon entraînement et d'un pénible hiver de travail. Je me sens fatigué mentalement depuis quelques semaines. Véronique et moi partons après-demain.

LE MARATHON DE BOSTON est le plus ancien marathon annuel du monde. C'est pas compliqué: pour les premiers Jeux olympiques de l'ère moderne, en 1896, une nouvelle épreuve fut créée, inspirée d'une légende de la Grèce antique: une course à pied d'environ 40 kilomètres. L'année suivante, en 1897, la Boston Athletic Association (BAA) a fondé son marathon. L'événement n'a été perturbé que trois fois: annulé en 1918 à cause de la Guerre mondiale, transféré en virtuel en 2020 à cause de la pandémie de COVID-19, et interrompu en 2013 alors qu'il restait environ 5000 coureurs sur le parcours quand un attentat à la bombe artisanale a eu lieu près de la ligne d'arrivée.

La course emprunte des routes ondulantes en suivant un chemin somme toute assez direct à partir de Hopkinton, Massachusetts, jusqu'au centre du quartier Back Bay à Boston, exactement 42,195 kilomètres plus à l'Est, sur la rue Boylston, à peu près en face de la Bibliothèque publique, près de Copley Square et à quelques coins de rue du magnifique parc appelé Public Garden. C'est un peu comme partir de la Trappe d'Oka et courir jusqu'à la Place Ville-Marie.

42,195 kilomètres est la distance exacte officielle de tous les marathons depuis 1924. Elle est mesurée entre le départ et l'arrivée en prenant les courbes à l'intérieur, pour qu'il ne soit pas possible qu'un coureur qui suit la trajectoire optimale coure une distance moindre. Dans les faits, quand on court un marathon, on se rallonge toujours un peu. Typiquement, on finit par courir jusqu'à 500 mètres de plus au total. Les élites qui courent seuls devant ou en petits packs ont une meilleure chance de courir la plus courte distance possible.

Le parcours traverse les petites municipalités de Ashland, Framingham, Natick, Wellesley, Newton et enfin Brookline avant d'entrer sur le territoire de la Ville de Boston.

C'est un des grands marahons les plus difficiles au monde, avec celui de New York et ses cinq ponts à gravir. Les quatre Newton hills (dont la quatrième est appelée "Heartbreak Hill") surviennent après le 25e kilomètre et se succèdent jusqu'au 33e, en plein au moment où les coureurs mal entraînés ou qui sont partis trop vite commencent à casser.

À part les collines de Newton, le parcours est globalement descendant, mais jamais de façon reposante. On monte et descend sans cesse comme sur des grosses longues vagues de pleine mer. Et en course à pied, les descentes prononcées font aussi mal sinon plus que les montées, si on n'y est pas entraînés. Aussi, la portion située entre les kilomètres 10 et 25, bien qu'ondulante, est globalement neutre du point de vue de l'élévation nette. Bref on a une course très différente d'un marathon tout plat comme Chicago par exemple: il faut rester concentré et sans cesse adapter sa technique pour ne pas se faire mal en descendant ni épuiser ses réserves dans les montées.

L'AMBIANCE

De mémoire, il n'y a que sur les premiers kilomètres du parcours qu'on passe des sections sans spectateurs, là où il y a des boisés de chaque côté de la route. À partir d'un certain point, il y a du monde partout pour encourager. Environ cinq cent mille, paraît-il. Pendant longtemps j'étais près de deux gars qui portaient une camisole du Canada. Je leur ai demandé: ils venaient de Vancouver. Eh bien on entendait régulièrement des spectateurs crier: «Let's go Canada!» J'ai été ému. Non par patriotisme, loin de là. Au contraire. Par le sentiment que, en-dessous de la politique et des problématiques sociales, nous sommes le même peuple. Un certain macaque orange venait de reprendre le pouvoir, les perspectives d'avenir étaient angoissantes - elles le sont toujours et même davantage - mais il y avait quelque chose dans l'ambiance... De voir toute cette foule, cette quantité de coureurs, l'ampleur de cet événement rassembleur... Le stress que j'éprouve en pensant à ce qui se passe dans ce pays et à ses répercussions s'est dissipé. C'est irrationnel, mais je me suis senti chez moi, et un mot m'est venu: Hope. Je l'ai prononcé, larmes aux yeux pendant un instant.

Je ne pense pas vraiment qu'il y a de l'espoir. Pas pour éviter le siècle de désastres et de grandes souffrances qui commence à peine. L'humanité survivra peut-être et a le potentiel de devenir meilleure, voilà pour l'espoir. Ce que je voulais dire, c'est qu'à l'intérieur de moi, pendant que je courais, je suis entré dans un lieu joyeux qui fait contraste avec ce que je ressens généralement pour la société et pour la plupart de ses représentants.

LA QUALIFICATION

Une grande part du prestige de ce marathon est dû à ce qu'il faut se qualifier pour le courir. On ne peut pas simplement s'inscrire. À moins de réussir à avoir une place fournie par un organisme de charité, moyennant un engagement de récolter au moins 10000$US en dons, il faut se qualifier. Des exigences de temps sont déterminées pour chaque groupe d'âge chez les hommes et chez les femmes. Dans un même groupe d'âge, les femmes ont 30 minutes de plus que les hommes, ce qui correspond grosso modo à la différence de performance entre les deux sexes pour un niveau équivalent. Une femme qui court un marathon en 3h30 est meilleure, et de beaucoup, qu'un homme du même âge qui court un marathon en 3h30.

Moi quand je cours un marathon en plus ou moins 3h et que je vois des femmes sur le parcours qui vont à ma vitesse, je sais qu'elles sont BEAUCOUP plus fortes que moi. Elles ont un niveau que je n'atteindrai jamais: il aurait fallu que je commence à courir beaucoup plus jeune. À l'opposé, il y a des gars dans la force de l'âge qui courent en 3h50 qui ne réalisent pas qu'ils sont moins forts que les filles qui finissent en 4h15. C'est plate pour les filles. Moi quand je cours je suis entouré de gars de mon niveau (top 5% des amateurs) et de coureuses semi-élites. Les femmes, elles, sont encombrées de gars beaucoup plus faibles, qui souvent leur ralentissent en pleine face après avoir poussé pour les dépasser, qui freinent subitement aux tables de ravitaillement, et qui ne réalisent pas à quel point ils sont médiocres. Les filles elles-mêmes sont souvent ignorantes de ce fait, malheureusement. Elles regardent leurs amis gars courir et se trouvent lentes en comparaison, alors que ce qu'ils font n'a rien d'impressionnant.

Il y en a qui disent non non ce n'est pas vrai, regardez, il n'y a que 10 minutes d'écart entre le record masculin et le féminin. Le problème c'est que là on parle des spécimens génétiquement les plus exceptionnels parmi les spécimens exceptionnels. Sans parler du dopage... Il y a une limite physique à la vitesse à laquelle un être humain peut courir. On ne verra jamais un temps de 1h30 au marathon. Il y a une limite inhérente à la biomécanique et à la physiologie du corps humain. Les experts estiment que le temps limite sur marathon est un peu en bas de 2h, avec entre autres une capacité à utiliser l'oxygène (VO2max) développée au maximum et une économie de course parfaite. Les athlètes féminines les plus exceptionnelles s'en sont rapprochées récemment, mais la marge est encore très grande. Entre 2h10 et 2h sur marathon, il y a un monde. Il faut savoir aussi que la différence de vitesse entre ces temps est beaucoup plus grande que la différence de vitesse entre des temps d'amateurs.

42,195 km / 2h = 21,1 km/h

42,195 km / 2h10 = 19,5 km/h

42,195 km / 4h = 10,55 km/h

42,195 km / 4h10 = 10,13 km/h

De 19,5 à 21,1 km/h, il y a une augmentation de 8,2%, tandis qu'entre 10,13 et 10,55 km/h, il n'y a que 4,15%. Ce qui veut dire que l'écart de performance entre les détenteurs de records des deux sexes reste plus élevé qu'on peut penser. Bref, j'ai fait toute cette parenthèse pour répliquer aux crétins qui se plaignent que les temps demandés aux femmes par la BAA sont trop faciles. Oui, il y en a des tas, de ces ignorants. Et la catégorie non-binaire, alors là, je vous laisse imaginer les hauts cris.

Sans farce, une des revendications de la masse des inqualifiables, c'est de donner priorité à ceux qui n'ont jamais pu courir Boston sur ceux qui l'ont déjà fait. Il y a plusieurs variantes sur cette idée générale. Il y en a aussi qui réclament une loterie.

Moi, mon avis, c'est qu'il y a des centaines de marathons auxquels tu peux simplement t'inscrire. La BAA, heureusement, continue de récompenser le dévouement. Boston ne sera plus Boston le jour où ils laisseront courir n'importe qui. Est-ce que je vais me plaindre de ne pas pouvoir aller aux Jeux olympiques?

Donc, la qualif. Il faut courir un marathon certifié et soumettre son temps à la BAA durant la semaine d'inscription, en septembre. Depuis 2012, en raison du nombre de qualifiés trop élevé pour ce que la logistique permet d'accepter, la BAA retranche ensuite du temps, appelé cut-off time

Moi, dans le groupe d'âge des hommes de 45 à 49 ans, j'avais besoin d'un temps de 3h20 ou mieux. Le cut-off sera finalement de 6 minutes et 51 secondes, ce qui veut dire qu'il me fallait en définitive un temps de 3h13'09 ou mieux. J'avais couru le marathon d'Ottawa 2024 en 3h02'54

PLANIFICATION, VOYAGE, ARRIVÉE

J'étais si confortablement qualifié que j'ai réservé ma chambre d'hôtel dès juillet 2024, longtemps avant mon acceptation officielle.

Véronique ne pouvait pas y aller avec moi. Ça tombait le weekend de Pâques et elle avait trop de choses à faire. Aussi, ça aurait été un peu plate pour elle, puisque tout allait tourner autour de moi.

Pour un gars qui n'est pas sorti du pays depuis 1999, sauf pour une rando-camping dans les Adirondacks organisée par mon frère en 2004, c'était une grosse aventure. J'ai tout planifié tout seul. Les hôtels en ville étaient hors de prix. Et je n'utilise jamais Airbnb, c'est une business de pourritures. En plus, il paraît que tu te fais avoir: juste avant le séjour, des locateurs annulent pour remettre en location sur le marché au plus fort de la demande en augmentant le prix. J'ai trouvé un hôtel qui me coûtait 320$CAN pour deux nuits à Woburn, environ 20 km au nord du centre-ville. J'ai vérifié tous les détails, les horaires, où je devais me rendre et à quelles heures: ça fonctionnait.

Samedi soir le 19 avril je me couchais très tôt, toutes mes affaires prêtes. Dimanche le 20, je me suis levé à 4h du matin et j'ai pris la Communauto à 5h. Pour le passage à la frontière j'avais des documents imprimés, en plus de mon passeport: preuve d'inscription au marathon, reçu de réservation d'hôtel avec dates de début et de fin, preuve d'emploi, copie d'acte de naissance. À la question: avez-vous déjà été arrêté?... je m'étais préparé à devoir dire la vérité. Oui, en 1997, j'avais 18 ans, ma blonde avait conduit jusqu'au bar à Saint-Eustache, moi j'étais tellement soûl que l'idée m'a pris un moment donné de sortir du bar et d'aller déplacer le char, je ne sais plus pourquoi, je n'avais pas l'intention de conduire vraiment. L'auto était au miieu d'un grand parking municipal désert, peut-être que j'ai cru qu'on n'avait pas le droit de se mettre là. J'ai roulé jusqu'à la sortie du parking, tourné et stationné l'auto en bordure de rue. Le poste de police était juste à côté, ils m'ont cueuili comme une pêche.

Je n'ai pas raconté tout ça à l'agente, bien sûr. J'ai juste dit oui, in 1997, for drinking and driving. Après avoir consulté un collègue, elle m'a dit de me parker et d'entrer dans le bâtiment.

Il n'y avait personne d'autre, ils ont pris leur temps. Les agents étaient gentils. J'ai répondu aux questions, montré mes documents, rempli un formulaire. J'ai dit oui, vous pouvez fouiller mes affaires. Un agent a pris la clé de l'auto et est allé voir. Finalement, celui à qui je parlais au guichet a dit Good! You're all set. Have fun! avec un sourire.

La route est belle entre les montagnes du Vermont. Je passais près de Burlington, Montpelier, puis Lebanon au New Hampshire, Concord, Manchester. Sur la 93 la circulation devient beaucoup plus dense. Il y a un péage, 1$US, j'avais des billets cash.

En arrivant à Woburn il était trop tôt pour prendre ma chambre d'hôtel, mais je le savais. Je suis juste passé devant en reconnaissance, puis j'ai roulé moins de 2 km plus loin jusqu'au parking de la station de train de banlieue Anderson/Woburn. Sur le quai de la gare j'ai entendu un gars avec un jacket du marathon qui parlait français avec sa famille, et je lui ai parlé. Il connaissait les Pélicans de Rosemont. Il courait aussi le marathon le lendemain. Pour l'instant, il allait voir le match des Red Sox en famille.

Moi en sortant du train au terminus de North Station j'ai pris le métro jusqu'au Hynes Convention Center, pour aller chercher mon dossard et mon kit du participant à l'expo-marathon.

En même temps, ça me faisait pratiquer mon trajet pour le lendemain. Le matin du marathon, je n'avais qu'à sortir du métro deux stations plus tôt, à Arlington.

Je ne sais plus si je l'ai dit, le troisième lundi d'avril est férié au Massachusetts, c'est le Patriot's Day, et c'est ce jour-là que le Marathon est couru chaque année.

Le lundi matin donc, il fallait que je prenne le premier train à 5h21 du matin. Métro jusqu'à Arlington. Que je laisse mon drop bag, sac réglementaire à laisser en consigne avec des choses que je voulais pouvoir récupérer tout de suite après la course: souliers de rechange, vêtements chauds. Ensuite je devais aller prendre un autobus jaune de l'autre côté du Public Garden, le long de Boston Common sur la rue Charles. L'organisation était sans failles. Départ de l'autobus jaune vers le site de départ à Hopkinton: 6h45. Début du marathon: 10h.

Mais je reviens à dimanche. En sortant de l'expo, je suis allé voir la ligne d'arrivée sur Boylston. Ensuite je suis allé au resto qui servait des pâtes le plus proche. J'ai remarqué que les arbres étaient en fleurs, en avance sur Montréal. Au resto, j'ai trouvé la portion servie très petite. J'étais pressé: horaire de fin de semaine pour le train de banlieue. Dehors, j'avais vu un camion de crème glacée. J'ai pris un cornet de molle. Dernier plein de glucides avant la course. Je suis retourné à l'hôtel en faisant le trajet inverse. À 20h, j'étais endormi.

LE MARATHON

Heureusement que j'étais endormi. J'ai pu dormir profondément pendant trois heures. À minuit, l'alarme de feu de l'hôtel s'est déclenchée. Je me suis levé lentement, dépité, certain que c'était une fausse alerte. Quelqu'un avait probablement allumé une cigarette dans sa chambre. Je me suis habillé, j'ai pris mon sac avec mes affaires les plus importantes, et je suis sorti. Les pompiers sont arrivés, ils sont entrés pour inspecter. Ça a pris au moins quinze minutes. On attendait dehors dans le froid. Finalement ils ont arrêté l'alarme, éteint les gyrophares, fait signe que tout était beau, et on a pu rentrer. Je me suis recouché mais je n'ai pas pu me rendormir. À 3h du matin je me suis levé et j'ai commencé à me préparer.

D'abord, hydratation. Je bois environ 750 mL d'eau avec des électrolytes en poudre. Ensuite je me fais un café fort et je déjeune. Chacun son truc, et il faut faire exactement ce qu'on a pratiqué, ce qui fonctionne, pour ne pas avoir de problèmes digestifs. Moi je mange des sandwichs à la mélasse et au beurre d'arachide léger, vous ne croiriez pas l'épaisseur de la tartinade. Juste avec ce que je suis capable d'avaler, je peux courir le marathon au complet. Je prends quand même des glucides sur le parcours juste pour être sûr. Le pain est de blé entier.

J'ai enfilé tous les vêtements que j'avais préparés la veille. Le dossard déjà épinglé sur ma camisole de course. Une ceinture juste-au-corps avec pochettes pour permis de conduire, carte de crédit, clé de l'auto, la carte magnétique qui est ma clé d'hôtel, et mon téléphone. Pas question de risquer de rien perdre. Une autre ceinture pour mes barres de fruits Xact, les glucides à consommer en courant. Veste chaude à donner à la charité à Hopkinton. Souliers aussi à donner - j'apportais mes souliers de compétition dans mes mains. Tuque à donner, gants à donner. Il faisait encore noir et 4 ou 6 degrés dehors.

Sur le quai de la gare, j'ai fait la connaissance d'un coureur originaire de Boston en Angleterre qui vivait depuis quelques années en Nouvelle-Zélande. Il était au même hôtel que moi. On a bien grimacé en parlant de l'alarme de feu. Je l'ai perdu de vue quand je cherchais où laisser mon drop bag. Ensuite j'ai traversé le magnifique jardin public. J'ai pris quelques photos que j'ai envoyées à Véronique. Il y avait des tulipes. C'est notre fleur spéciale, puisque nous avions commencé à être ensemble en avril de l'année précédente. Il y avait aussi des dindes sauvages.

Dans l'autobus pour Hopkinton, j'ai entamé la conversation avec le gars qui était assis à côté de moi. C'était un autre Anglais, de Leeds celui-là. Au Village des athlètes sur le site il m'a demandé de prendre des photos de lui et de les lui envoyer, parce qu'il avait oublié son téléphone. Il m'a aussi pris en photo. On a jasé un bout de temps, sous un énorme chapiteau. Il fallait attendre. Finalement, l'heure est venue. À travers des hauts-parleurs, la voix d'un organisateur appelait les coureurs de la première vague à commencer à se diriger vers la ligne de départ, en suivant les indications selon le corral. Moi j'étais dans le corral 6. Je suis passé une dernière fois aux toilettes. Il y avait des distributeurs de crème solaire, j'aurais dû m'en mettre plus, j'ai vraiment brûlé.

Et les États-Unis c'est les États-Unis, mes vieux. Juste avant le départ, une femme a chanté l'hymne national, et des avions de chasse ont fendu le ciel.

J'ai adoré l'expérience. C'était exaltant du début à la fin. J'étais confiant, ça allait bien, et j'ai respecté mon plan. J'estimais que j'avais le niveau pour faire 2h55 sur un parcours "facile", alors pour viser sub-3 à Boston je devais être prudent. Mon objectif était de m'économiser au maximum, pour ralentir le moins possible dans les Newton hills et pour ensuite être capable de reprendre ma vitesse, dans le but de passer l'arrivée tout juste sous les 3h. Avec le recul, je crois que j'ai été juste un tout petit peu trop conservateur. J'ai fini en 3h01'14. Je dirais que c'est dans la marge d'erreur! En tout cas j'en suis très heureux. C'est 10874 secondes au lieu de 10799! J'ai passé la mi-parcours en 1h29'15, ce qui veut dire que j'ai couru la deuxième moitié, la plus dure, en 1h31'59.

J'ai eu des petits problèmes. Je n'aurais pas dû prendre la barre Xact à la caféine au km 17: ma fréquence cardiaque a trop grimpé par la suite et est demeurée trop élevée jusqu'à la fin. Aussi, à partir de la mi-parcours, j'ai eu mal sous le pied gauche, résultat, je crois, d'un soulier pas assez serré et de chaussette en laine mérinos, je n'aurais jamais dû choisir ça, j'avais peur d'avoir froid. Sur un marathon il y a des dizaines d'erreurs qu'on peut faire, et même avec de l'expérience on en fait toujours...

Mon hydratation en mon alimentation, par contre, ça a été parfait. Je n'ai pas eu besoin d'arrêter pisser, et je me suis senti énergique jusqu'à la fin. Dans les derniers kilomètres, je dépassais des tas de coureurs, il fallait que je fasse des zigzags pour les contourner. Je n'ai pas marché un seul pas. Dans le dernier droit sur Boylston, j'ai pu "sprinter". J'ai entendu l'annonceur crier: Stephane Ranger from Montreal et j'ai levé les bras. J'ai pleuré en recevant ma médaille, c'était un sentiment euphorique extraordinaire.

J'ai "battu mon dossard". Le numéro reflète le temps soumis pour se qualifier. Mon dossard numéro 6433 signifie que j'étais classé au 6433e rang de tous les coureurs, mis à part les élites professionnels. Eh bien j'ai terminé 4963e sur 28526. J'ai donc gagné 1470 rangs par rapport à mon classement initial.

De tous les hommes, j'ai fini 4517e sur 16175. Et de tous les hommes de 45 à 49 ans, 434e sur 2389.














jeudi 2 avril 2026

JE N'AI PLUS DE PRÉTENTIONS LITTÉRAIRES...

 ...c'est mon entraînement qui est une œuvre d'art!

Mais non voyons, l'art c'est l'art et le sport c'est le sport.

Mon texte est long à venir. Il est resté pogné dans la glace de cette fin d'hiver pénible. J'ai couru mes plus gros mois à vie, je suis écoeuré de travailler tout le temps, je conserve mes congés pour quand ça vaut la peine, aucun férié entre le jour de l'an et Pâques, des semaines de 5 jours bang bang bang bang bang 13 de suite.

Enfin c'est le weekend de Pâques. Le gros de ma préparation est fait pour Boston prise 2, j'ai commencé mon "taper". Véronique et moi on part dans 15 dodos.

J'ai une semaine de vacances juste avant le marathon. C'est là que je vais finir d'écrire mon texte sur mon premier Boston.

En janvier, février et mars j'ai couru 438, 462 et 473 km respectivement, pour un total de 1373.

Du 6 octobre 2025 (lendemain du marathon P'tit Train du Nord) au 29 mars, 25 semaines, 2263 km :

24, 52, 61, 68, 62, 76, 80, 81, 86, 87, 90, 98, 101, 102, 110, 110, 111, 112, 114, 114, 100, 101, 104, 104, 115

Durant l'automne, pendant que j'augmentais le volume, j'ai maintenu mon niveau sur 5 km (17'46). Ensuite en décembre j'ai fait un petit bloc VMA (entraînement par intervalles avec des répétitions courtes, très rapides, avec temps de récupération court). Depuis janvier, je suis passé au seuil, en progression. J'ai cumulé 178 km de qualité dans les 12 dernières semaines, 143 dans les 8 dernières, 81 dans les 4 dernières. C'est vraiment le maximum que j'ai pu faire en plus de mon travail physique exigeant. J'ai choisi de faire l'expérience de miser sur un gros volume total et beaucoup de travail au seuil. Je crois que je peux faire 2h57 à Boston cette fois-ci.

Bon, trêve de chiffres. Je reviens bientôt avec mon histoire de l'an passé.

mercredi 11 février 2026

L'ENVIE D'ÉCRIRE DE NOUVEAU

Ce blog fait partie de nouveaux changements que j'apporte dans ma vie.

Je suis totalement abstinent de toute substance qui altère le comportement depuis août 2018. Pour l'alcool en particulier, ça remonte à mai 2017. J'ai fait du meeting en m'impliquant beaucoup entre novembre 2016 et mai 2021. Au sortir de la pandémie j'en ai eu assez et je me suis mis à jouer davantage au soccer, en m'occupant de mes équipes: horaires, présences, substituts, etc. J'ai arrêté le soccer avec la fin de la saison d'été-automne 2023, après mon premier marathon. J'ai joué plus de 300 matchs sur une période de près de 8 ans.


C'est aussi pendant mon travail de rétablissement que j'ai réussi à entrer à Postes Canada.


Depuis les élections états-uniennes de 2020 et même avant, j'ai un problème.


On apprend dans les fraternités anonymes à se concentrer sur ce qu'on peut changer, c'est-à-dire soi-même, ses pensées, son agir, et laisser faire le reste. On en vient à croire que ça irait mieux si tout le monde adoptait le mode de vie et ses principes, et ce n'est pas complètement fou, puisque les 12 étapes ont un solide fondement psychologique et de spiritualité ancienne. On est reconnaissants du fait que la gravité de notre état nous a forcés à admettre la défaite pour découvrir que le salut est dans l'admission sans réserve de nos fautes et de notre impuissance égomaniaque, dans l'abandon des ressentiments pour faire place aux gratitudes, dans le choix de l'amour au-delà du jugement.


Je ne cracherai jamais sur les AA ni ne recommanderai à quiconque de ne pas y aller, au contraire. Je ne vais même pas non plus formuler mes critiques. Je crois - et c'est évident pour tous ceux qui me connaissent depuis avant - que ce que je suis allé y faire a radicalement changé ma vie, voire m'a sauvé la vie.


Mais c'est moi qui l'ai fait. Les meetings sont un cadre et une proposition. J'en ai vu plusieurs jouer le jeu pour le paraître, contents d'être acceptés dans un groupe social alors que leur vie est depuis longtemps un gouffre de noirceur, mais être incapables d'honnêteté et rechuter continuellement. Ils m'ont appris ce que je ne devais pas faire. J'ai écouté ceux qui se sortaient sincèrement de leur débilité pour comprendre comment surmonter la mienne. J'en ai vu rester assis, je me suis levé jusqu'à ce que ça marche. "Je m'appelle Stéphane, je suis alcoolique et toxicomane, et j'ai encore consommé cette semaine." J'ai pris un poste tout de suite, j'avais les clés, j'arrivais en avance et je préparais la salle. J'ai lu pour comprendre d'où tout ça venait et ce qui avait du sens dans la conceptualisation AA de la maladie de la consommation. J'ai persévéré parce que j'ai décidé que j'en avais assez et que ça allait fonctionner. J'ai eu de l'aide et j'ai aidé. J'ai donné et j'ai reçu. C'est moi qui ai décidé et accepté de laisser le Stéphane qui consommait s'éteindre et de me lancer dans l'inconnu d'une vie sobre.


Est-ce que c'est mon ego qui a fait ça? Une pulsion de survie qui m'a fait foncer face au constat de la défaite? Sans ego, on se laisse mourir. On peut entrer dans la béatitude du non-être, détaché d'un corps qui fait partie de l'illusion de cette vie sur Terre, de ce māyā. Même au sens de la physique fondamentale, la réalité n'est pas ce qu'on croit. Qui suis-je? Réseaux neuronaux? Interactions quantiques? La conscience, un phénomène émergent? Une chose qui n'existe pas quand on examine de plus près les particules, les ondes et les champs?


Je ne sais pas ce que je suis, mais j'ai fait le travail, et depuis ma dernière consommation de substance le 29 août 2018 je n'ai jamais eu de craving de drogue ni d'alcool, jamais, pas une seule fois. J'ai réussi à faire le deuil, accepter le renouveau, j'ai fermé la porte et j'ai lancé la clé au fond d'un lac. Pour prendre une gorgée de bière alcoolisée il faudrait d'abord que je plonge au fond de ce lac avec une bonbonne d'oxygène et une lampe frontale, que je fouille dans la vase pour retrouver la clé, que je remonte en disant kin, tabarnak, et que je boive, et que je sniffe, en me sentant mal, en sachant que je me condamne à la torture, et quoi qu'il m'arrive dans ma vie je n'irai plus jamais là, c'est le pire des sorts, l'auto-damnation.


Donc c'est facile pour moi, c'est non.


Et au printemps 2021 j'en ai eu assez de me sentir enfermé dans le carcan des AA, j'ai eu besoin d'air. J'ai lâché le groupe que je co-animais sur Zoom, j'ai dit that's it, je ne passe plus mes dimanches avant-midi devant mon ordi. Je suis allé encore à quelques meetings en présentiel, et je me demandais ce que je foutais là, je perdais mon temps. Je suis passé à autre chose.


*


Qu'est-ce qui fait qu'on est capables d'opérer un grand changement à un moment donné précisément? La plupart des gens qui ont de la difficulté à se défaire d'une mauvaise habitude ne sont pas indisciplinés dans tous les domaines. Même si certains sont sloppy à plusieurs niveaux, il y a au moins un ou deux trucs qu'ils font bien. Que ce soit avec les AA ou avec d'autres approches, il faut désirer vraiment changer, s'y préparer, accepter, se familiariser avec les stratégies qu'on va devoir mettre en place, ne pas lutter, bref, préparer le nid, et un beau jour... quelque chose se passe. Un déclic, une certitude soudaine, on le sent, on le sait: la force de le faire est arrivée. Petit à petit, l'habitude souhaitée s'installe et ça semble naturel. Les semaines passent, les mois, les saisons, et on l'a fait, on a réussi. On n'est plus comme avant.


*


Depuis la campagne présidentielle de 2020 je suis ce qui se passe au Sud de la frontière et ça fait plus que peur: c'est un désastre révoltant. J'étais alors encore impliqué dans les AA, j'ai fait énormément de meetings sur Zoom, et je lisais ma Réflexion quotidienne chaque matin. Mais l'angoisse et la colère face à la situation croissaient. C'était avant l'Ukraine, avant Gaza et la révélation au grand jour du vrai visage des milliardaires sociopathes qui plus tard iront s'allier au fascisme décidé de la seconde administration Trump. Et puis déjà avant la pandémie je savais que Musk était un scammeur malade mental, que Bezos était un salaud sans scrupules, que les réseaux sociaux étaient malsains et que les investissements massifs en IA rendraient le monde encore plus dangereux et inhumain.


Quand j'ai commencé à courir en mars 2023 je me suis tout de suite rendu compte des effets régulateurs sur l'humeur. Je les ressens encore aujourd'hui, après chaque sortie de course matinale je me sens détendu et stable. Je suis en couple heureux avec une femme extraordinaire depuis le printemps 2024 et cela aussi me fait énormément de bien - dès le premier mois où on avait commencé à se parler j'avais remarqué que je me foutais davantage de l'actualité.


Mais l'actualité se glisse toujours dans les interstices. La toile de fond, il faut le dire, est désespérante. Ne serait-ce que ce qui concerne la catastrophe climatique en cours. J'ai beaucoup de mal à ne pas réagir fortement. J'éprouve une haine immense pour les politiciens d'ici et d'ailleurs et pour les populations qui votent pour eux. Pour les habitudes des masses qui ne changeront pas avant que tout ne se soit écroulé.


Je ne suis plus sur Facebook depuis un an. Je suis toujours joignable sur Messenger, mais j'ai fermé mon compte sur la plate-forme, qui me tape sur les nerfs depuis très longtemps. Je me suis rendu compte que, encore plus que les autres, c'est moi-même qui me tapais sur mes propres nerfs en utilisant Facebook. J'ai ouvert un compte sur Bluesky pour faire ma part dans l'encouragement du monde à quitter Zuckerberg et Meta. Tout le monde est encore sur Facebook, quelle surprise.


Twitter/X, Instagram, Snapchat, etc., je n'ai jamais eu ça. Il me reste l'application des sportifs, Strava.


Et YouTube.


C'est par là que le mal entre encore.


J'ai longtemps écouté des vidéos de science, maintenant c'est surtout du contenu sur la course et l'entraînement (et les souliers)... Et l'actualité politique états-unienne. Et les ravages d'un capitalisme qui se transforme en quelque chose d'encore plus monstrueux, conséquence du néolibéralisme qui s'est emparé de toute la civilisation occidentale.


Dans mon camion de facteur, à la radio, c'est la bullshit quotidienne de la politique québécoise et canadienne.


Sur YouTube, ce n'est pas tant le volume de doomscrolling auquel j'ai encore le temps de m'adonner qui pose problème. C'est mon état profond de réaction et les jugements extrêmement sévères que j'entretiens sur tout et tout le monde.


Donc mon problème c'est que, malgré je que sois suffisamment occupé et très actif, je passe encore trop de temps à ruminer.


J'ai pris une autre décision: j'ai fait débrancher mon wifi et augmenté ma limite de données cellulaires. D'une part au final j'économise, mais surtout, d'autre part, j'ai maintenant une limite. Mon wifi était illimité. Maintenant, j'ai intérêt à décrocher.


Je lis encore des livres, mais infiniment plus lentement qu'avant. Je commence à me remettre à la lecture plus régulière.


Et un développement inattendu vient de se produire. Après plus de dix ans, et de façon beaucoup plus saine, alors que je croyais que c'était fini à jamais, tellement que quand dans les AA on me conseillait de tenir un journal pour me faire du bien je n'y arrivais pas parce que mon rapport à la chose avait été infecté depuis longtemps par les sources mêmes de ce qui faisait que j'allais mal, eh bien, finalement, ça me vient. Cette fois, c'est l'envie de le faire bien.


L'envie d'écrire de nouveau.


lundi 9 février 2026

À 10 SEMAINES DE MON 2e BOSTON

Lundi matin 9 février, nouvelle semaine qui commence. Il fait froid, mais avec du soleil, et ça va monter jusqu'à -10, ressenti -17. Demain ça redeviendra plus doux (ressenti -13 seulement) mais on annonce dix à quinze centimètres de neige à partir de l'après-midi.

Ma route de facteur est sur le Plateau et dans Rosemont. Je monte autour de 80 à 120 étages par jour. Les trottoirs sont le plus souvent à moitié déneigés, rendus inégaux par les pas de tout le monde qui les emprunte, c'est souvent comme marcher sur du sable (ou dans des patates pilées, comme Simon R l'a récemment écrit sur Strava). Les trottoirs les plus exposés au soleil, eux, se changent en slush brune.

On me demande souvent si je livre à pied ou si j'ai un véhicule. Évidemment il faut que je transporte mon stock jusqu'aux secteurs où je livre, mais je ne monte pas mes escaliers en camion. Je me stationne et je pars avec le courrier, les circulaires, les petits paquets qui entrent dans mes sacoches. Je livre les gros colis séparément ensuite en me stationnant devant les adresses l'une après l'autre.

Depuis mon deuxième Marathon P'tit Train du Nord (5 octobre 2025, temps officiel 2h55:08), j'ai couru 1511 km.

J'ai pris le temps et le soin de construire une augmentation de volume durable. Voici mes distances courues par semaine, en commençant avec celle du 6 octobre: 24, 52, 61, 68, 62, 76, 80, 81, 86, 87, 90, 98, 101, 102, 110, 110, 111, 112.

Depuis le 28 octobre il n'y a que quatre jours où je n'ai pas couru. Là dedans, j'ai passé six semaines complètes sans jour off. Blaise Dubois, un expert en prévention des blessures en course à pied, recommande de courir tous les jours. Un jour de repos, c'est courir un tout petit peu quand même, juste pour maintenir les connexions neuro-musculaires.

J'ai fait beaucoup d'intervalles courts pour cibler ma vitesse maximale aérobique (VMA) durant cet automne, et j'ai participé à trois courses de 5 km.

Après un cycle marathon, c'est ce qu'il faut faire. On récupère, on repart, et on travaille la vitesse de base. La performance marathon se construit à partir du plus court et plus rapide jusqu'au plus long et modéré.

En ce moment je suis dans la phase d'entraînement dit «spécial», celle qui suit la phase de base et qui précède la phase de spécifique. La phase de spécifique sera suivie par le taper (ou affûtage) qui conduit, s'il est bien exécuté, à un bond de forme et de repos optimal au jour J.

Je maintiens donc mon volume hebdomadaire, mais je le diminuerai un peu si je sens que je ne récupère pas suffisamment. Parce que j'augmente la proportion de mes kilomètres courus entre mes seuils ventilatoires (ou lactiques) 1 et 2. En phase de spécifique, je ferai le plus grand volume possible autour de mon allure marathon, sans dépasser 25 % du volume total.

Aussi, comme aujourd'hui, je me permets de ne pas courir du tout le lundi si je ne le sens pas. Hier pour ma longue du dimanche j'ai fait 29 km sur tapis au gym Econofitness: 20 km faciles, 6 km de seuil en continu, 3 km steady. Steady c'est plus rapide que dans la zone facile mais moins rapide qu'au seuil 1. 

Je crois que dans des conditions météo correctes je pourrai faire 2h57 à mon deuxième marathon de Boston.

Pourquoi juste 2h57 si j'ai déjà fait 2h56 et 2h55 au P'tit Train du Nord? Parce que le parcours de Boston est beaucoup plus difficile. J'en parlerai bientôt dans la version longue.

samedi 7 février 2026

J'AI RÉUSSI (VERSION COURTE)


Le 21 avril 2025, j'ai couru le 129e Marathon de Boston en 3h01:14.

(Photo: "Scream Tunnel" du Wellesley College, près de la mi-parcours)

RÉCAPITULATIF 2024

[Écrit le 12 janvier 2025]

Retour sur mon année de course 2024

D'abord, 2023.

Et avant tout, pourquoi je courais déjà aussi vite. Je me déplace en vélo à longueur d'année depuis très longtemps. J'ai joué au soccer régulièrement à partir de janvier 2016 – presque tout le temps comme gardien mais quand même. Je ne fume plus (ni n'inhale plus rien) et ne bois plus depuis des années. J'ai une très bonne alimentation. Et quand je dis que je suis facteur, on pense que je marche beaucoup mais non, marcher c'est rien, je monte des escaliers dans Hochelaga, le Vieux-Rosemont et le Plateau depuis plus de 5 ans. Vous voyez le temps qu'il fait dehors? Je monte des escaliers habillé chaudement avec bottes et crampons et du poids dans mes sacs, avec la neige et la glace. L'été, moins pesant et plus agile, mais dans une canicule qui dure trois mois. Bon cardio, et tout est solide.

Et donc le 22 avril 2023, ça fait un peu plus d'un mois que je cours, j'ai 133 km en 15 sorties dans les jambes, et au 21K de Montréal je finis la course de 10 km en 42:57. Selon le site Running Level, je suis plus rapide que 82% des coureurs de mon âge, et que 70% des coureurs masculins en général. J'ai un VO2max estimé à 48.

Pour les plus longues distances, cela dit, ça va paraître que je ne cours pas depuis longtemps. Mon niveau sur 10 km devrait équivaloir à 1h35 sur demi-marathon et à 3h18 sur marathon. Le 4 juin 2023, à la Course des pompiers de Laval, je fais de mon mieux et je cours le demi-marathon en 1h39 (4:44/km). Il me reste un peu moins de quatre mois pour augmenter mon volume et la distance de mes sorties longues, et au Marathon Beneva de Montréal le 24 septembre je fais les 42,2 km en 3h39 (5:13/km).

Pour finir la saison j'ai envie de me tester sur un 5 km, et à la Classique du parc La Fontaine le 15 octobre je fais 19:27, très content d'avoir réussi un “sub-20”. Je suis 6e sur 65 dans mon groupe d'âge et il y a des gros coureurs là-dedans.

Après tout ça, j'ai définitivement la piqûre, et je fais ce qu'il faut: pour l'automne et le début de l'hiver, j'augmente le volume sans refaire de vitesse tout de suite.

2024

Je me suis abonné au centre sportif du Parc olympique, pour les tapis roulants que m'a vantés Ariel, pour pouvoir y faire des intervalles au besoin à partir de janvier. Quand je jase en courant avec les Pélicans de Rosemont, je commence à dire que j'aimerais me qualifier pour Boston au P'tit Train du Nord à l'automne suivant, je tomberais dans les 45-49 ans donc il me faudrait 3h20, moins le cut-off, disons 3h10 pour être sûr, un pace moyen de 4:30/km, et je me dis cibole ça va être tough. (Rachel, elle, a la même réaction que Julie: "You can do it." Ok, ok...)

Janvier, février, mars, avril

À part les intervalles, mon plan c'est de ne pas me casser la tête. Rien d'autre n'est important, tant que je cours le plus possible. Je ris un peu quand j'en entends dire “j'ai 19 km à faire à 5:10/km”, moi je n'ai rien “à faire”, je fais ce qui me tente, tant que je cours régulièrement, ce sont les intervalles qui vont me faire progresser pour le moment. La seule contrainte que je m'impose, c'est d'augmenter ma moyenne de longueur de sorties. Sauf exception, je ne sors pas courir moins de 10 km à la fois. Et j'essaie de faire souvent des 13, 14, 15 km, des 16, des 17. Mais pas de longues pour rien, quand ma prochaine course est encore si loin.

J'ai fait des intervalles les 5, 11, 15, 19 et 26 janvier et le 2 février 2024. J'ai commencé avec focus sur les sprints 4 x 30 secondes (récup passive 4 minutes) avec transition preste vers des 5 x 5 minutes vitesse 5k environ (en fait, le pace que je pouvais maintenir pendant 5 minutes – c'est devenu graduellement plus rapide). Un moment, je ne sais plus quand, j'ai fait des intervalles 600 mètres pour préparer une course à relais avec une équipe de Pélicans dans le stationnement souterrain du DIX30 (on a fini 8e sur 25 équipes). J'ai fait une pause d'intervalles pour récupérer autour du Marathon des neiges le 10 février, une course sociale informelle de 42 km. Il faisait chaud le 10 février et les trottoirs étaient secs, ce fut un 42 km facile, sauf la dernière portion sur le mont Royal. Ensuite je me suis mis à transitionner en intégrant des distances tempos rapides. Je vivais en même temps une situation difficile et fracasser des km à pleine vapeur ça me donnait du courage:

17 février: intervalles
20 février: intervalles
27 février: 10k en 38:36
2 mars: 10k tempo rapide
5 mars: 13k avec du tempo rapide
7 mars: intervalles
9 mars: test demi-marathon en 1h27 – mon objectif de réussir un sub-1h30 était déjà dépassé!
À la mi-mars j'ai eu une gastro et j'ai “couru” un seul petit 8 km piteux en une semaine.
25 mars: intervalles
29 mars: 12k avec tempo rapide
2 avril: intervalles
6 avril: intervalles
7 avril: 13k avec tempo
13 avril: 15k avec tempo moins intense
13 avril: le même jour en soirée, 5k en 18:12

Et je suis arrivé le 20 avril au 21K de Montréal au parc Jean-Drapeau. J'avais peur d'avoir de la misère à maintenir 4:00/km, c'est l'angoisse d'avant-course que tous les coureurs connaissent. Je croyais faire 1h23-1h25. Julie m'a demandé: et si ça se passe mal? J'ai répondu: 1h27. Eh bien la course a commencé, je suivais mon feeling, les kilomètres défilaient et je n'en revenais pas: je maintenais du 3:45/km sans forcer. À la fin j'ai bien ralenti un peu et j'ai fini le demi-marathon avec une moyenne de 3:49/km, et un temps officiel de 1h20 et 36 secondes. Je ne le réalise pas sur le moment mais j'ai atteint un peak qui sera difficile à surpasser. Aujourd'hui je regarde le site Running Level, et selon leur compilation statistique de résultats de course à travers le monde cette performance me place dans le top 1% des coureurs de mon âge, top 5% de tous les coureurs masculins, avec un VO2max maintenant estimé à près de 58.

Tout de suite après le 21K, Claudine m'a dit: maintenant REPOS, et quand tu recommences, c'est MOLLO, tu veux faire sub-3h à Ottawa!

Marathon d'Ottawa

Je ne l'ai pas bien écoutée mais je n'ai pas fait de grosse gaffe non plus, et c'est sûr qu'avec un demi en 1h20 j'aurais dû facilement réussir un sub-3h le 26 mai à Ottawa, mais d'une part je n'ai pas encore assez d'endurance sur la distance marathon (et ça fait tout juste plus d'un an que je cours) et d'autre part je suis sûrement parti trop vite. Je savais qu'il y avait des côtes dans Rockcliffe, j'aurais dû être prudent. (Rockcliffe: pensez mini-Westmount - colline boisée avec des cabanes de riches.) Ça me tentait trop de courir tout de suite devant le lapin de 3h. J'ai couru à un pace moyen autour de 4:08/km pendant les 25 premiers km, j'ai ralenti progressivement pour finir avec une moyenne de 4:20/km et un temps officiel de 3h02 et 54 secondes. Le lapin de 3h m'a dépassé avec sa gang dans Rockcliffe. Quand même. Qualifié pour Boston avec 17 minutes 6 secondes de lousse. Je serais qualifié même si je n'avais pas changé de groupe d'âge en atteignant 45 ans (le “cut-off” pour 2025 sera de 6:51).

Autres faits saillants de mon marathon d'Ottawa: j'ai fait le voyage avec Véronique (en covoiturage avec Florian et une fille de Run in Montréal), on était officiellement ensemble depuis un mois, elle court son premier marathon en revenant d'une blessure, et on se croise sur le parcours pendant qu'elle s'en va dans la section Rockcliffe et que j'en reviens! Elle me voit et j'ai le temps de lui crier un encouragement. Je la retrouve plus tard, je suis là quand elle franchit l'arrivée. Moi, j'ai un peu mal dosé mon hydratation d'avant-course. Au km 30, j'ai pris une minute pour pisser dans une toilette chimique. Au km 40, j'ai trop mal aux jambes, et je comprends que je ne finirai pas en moins de 3h, donc pour avoir une belle fin de course, je marche pendant 45 secondes. Ce n'est pas grave, je m'en vais à Boston! Et puis un sub-3h, je vais en faire un éventuellement, pas de stress!

Ah oui, et j'ai croisé le gars qui a couru tout le marathon en jonglant avec trois balles.

Juin

Le 28 mai, deux jours après Ottawa, en rentrant après le travail, il y a une barrière de construction en travers de la piste cyclable le long de la clôture du parking du jardin botanique, juste après la courbe, cachée par des feuillages. Ils refont l'asphalte de la piste cyclable, qui était due depuis longtemps. J'arrive à toute vitesse, aucune chance de freiner quand j'aperçois la barrière, je la plaque avec mon épaule, je m'en serais bien tiré, mais la barrière se démonte en même temps que je perds l'équilibre, et je tombe sur une barre de métal. Heureusement j'ai rien de cassé après vérification en radiologie, mais j'ai super mal aux côtes et aux muscles du bas du dos à gauche. Arrêt de travail deux semaines, et je ne cours pas pendant 15 jours.

Le 16 juin j'avais la course de 10 km à la Foulée des parcs d'Outremont, un parcours avec une montée abrupte en deux étages où on passe deux fois. Je ne peux pas courir à pleine puissance parce que j'ai encore un peu mal, mais je termine quand même en 40:47!

Vers le marathon P'tit Train du Nord

J'ai d'autres courses que le PTDN à l'automne, mais mon plan est de les intégrer à ma stratégie d'entraînement pour le PTDN.

Et ma stratégie est la suivante, dans les grandes lignes: 6 semaines de volume mollo pour être sûr d'être solide, 6 semaines d'intervalles intenses pour regagner toute ma puissance et peut-être la dépasser, et enfin 6 semaines d'affûtage. Je ne savais pas mais ça correspond à un modèle d'entraînement préconisé depuis longtemps. Voir Renato Canova. [En réalité c'est Arthur Lydiard qui a développé la périodisation pour l'entraînement de ses athlètes dans les années 1960, je ne le savais pas en écrivant ce texte.] Je suis tombé là-dessus plus tard, vers la fin de 2024. Pour faire une histoire courte, un youtubeur coach parle dans ses vidéos de plans d'entraînement en trois phases. Il a écrit un livre mais le distribue exclusivement sur Amazon et moi je ne fais pas affaire avec Amazon, jamais. Je fouille, et sur Reddit quelqu'un commente que le gars n'a rien inventé, ce qu'il vend c'est exactement la même philosophie d'entraînement que les coachs italiens des années 80, hyperlien à l'appui. Eh ben! C'est aussi, je me rends compte, ce que j'avais fait entre le marathon de Montréal 2023 et mes courses du printemps 2024. 1) entraînement de base, soit + de volume mollo et vitesse rare; 2) entraînement spécial, soit volume diminué et travail de vitesse en haute intensité fréquente; 3) entraînement spécifique, soit retour au volume avec focus sur les vitesses proches de la vitesse de course objectif. Je répète l'expérience:

1) De la mi-juin à la fin juillet j'ai couru 390 km avec des intervalles seulement deux fois + un test de forme Coros et un test 5k sur piste en 18:36.

2) Du 31 juillet au 8 septembre, j'ai fait des intervalles très intenses 11 fois, en plus de courir le Demi-Marathon Mont-Tremblant sans effort en 1h27 et 2 secondes. Ma dernière séance d'intervalles, je la fais au début de la course des 30 km des Rives à Boucherville, qui m'a en même temps servi de dernière longue avant le PTDN. Mes intervalles, c'est des 5 x 5 minutes, pas compliqué. À ma vitesse, c'est des 5 x 1300-1400 mètres.

3) Du 11 septembre au 5 octobre, je n'ai pas fait tant de volume, mais j'ai enchaîné sur les gros tempos. Un 5k en 18:47, un autre 5k en 18:55, un 10k officiel en 36:48 à Beneva Montréal, propulsé vers la fin par Éric qui nous suit, Martin et moi, avec une GoPro pendant un km (3e dans mon groupe d'âge, 13e au total sur 1738 hommes), 9 km d'intervalles le 25, et 15 km tempo au milieu d'une longuette de 24 km le 29 septembre.

Le 6 octobre au marathon P'tit Train du Nord, j'étais prêt. Ça a adonné que William avait presque exactement le même niveau que moi, et c'est le fun parce qu'on a ainsi couru les 32 premiers km ensemble, à un pace de 4:09-4:10/km. Je voulais y aller de façon conservatrice, pour être capable de ne pas ralentir à la fin. Le parcours descend significativement entre les km 7 et 19, mais après c'est plat et même ça remonte un peu jusqu'au 28e, ensuite ça redescend dans une moindre mesure jusqu'au 38e avec encore une remontée entre les km 33 et 35, et l'arrivée, toute plate, se fait sur l'asphalte pour les 4 derniers km, alors que ça fait 38 km que tu cours sur de la terre battue et de la poussière de roche. Ça fait mal. J'ai réussi à ne presque pas ralentir et j'ai fini moins d'une minute derrière William, en 2h56 et 27 secondes. Mon père et ma belle-mère m'avaient fait la surprise d'être à l'arrivée à Saint-Jérôme. Nous avons attendu Véronique, elle a réussi un sub-4h à son deuxième marathon à vie, pour ceux qui ne le savent pas c'est l'équivalent d'un sub-3h30 pour un homme, c'est super bon. Quelle belle conclusion d'une année de course extraordinaire!

Avec ça, je suis aussi qualifié pour Boston 2026. Chicago évidemment, NYC ça dépend du cut-off, mais je ne vais pas dépenser des fortunes pour aller faire des “majors” frénétiquement. Boston 2025 j'y vais, 2026 on verra, avec William et Simon en covoiturage et partage d'hôtel à prix modique ça serait cool, je ne vais pas claquer des milliers de dollars et ne plus pouvoir rien faire avec Véronique. Aussi les voyages compulsifs, ce n'est pas écologique. Un jour on ira faire un major ensemble, si les États-Unis ne sont pas devenus la République de Gilead avec des checkpoints militaires partout dans une économie complètement effondrée.

Deux semaines après le PTDN, j'ai couru le 5k de la Classique du parc La Fontaine en 17:42, 2e dans mon groupe d'âge et 14e sur 570 hommes.

Depuis? Volume, volume, volume. J'ai couru 989 km dans les 10 dernières semaines de 2024. En 2025, je suis à 136 km au 12 janvier. 

Dans deux semaines, je me remets aux intervalles, à 12 semaines du marathon de Boston.